Exposition "L'Abstraction américaine et le dernier Monet" jusqu'au 20 Août

Monet, « l'Américain »

Publié par arman - jeudi 16 août 2018, 15:08 | Voir les avis

moderne

Avec l'influence revendiquée de Claude Monet en filigrane, le Musée de l'Orangerie consacre une exposition aux peintres de l'Ecole de New York (Jackson Pollock, Willem De Kooning, Mark Rothko,...) dont l'apport à l'Art du XXème siècle est aussi fondamental que celui de Picasso. C'est l'occasion immanquable de découvrir un peu plus ces artistes américains, à travers leur lien plus ou moins ténu avec le Peintre des Nymphéas.

Comme pour Le Pont Japonais, Monet emplit à la fin de sa vie ses tableaux des branches tombantes de ses saules pleureurs visibles même sur l'eau de son étang de Giverny. De tous côtés, l'espace de chaque toile peinte entre 1916 et 1924 est une serre couverte de verdure abstraite, imperceptible et touffue.

N'est-on pas déjà dans le "all-over" des Expressionnistes américains, cette technique qui consiste à répéter les motifs abstraits et à les recouvrir uniformément sur toute la toile, supprimant ainsi toute perspective, comme sur le paysage de Monet. 

Pollock et l'Action Painting 

Le célèbre peintre américain Jackson Pollock (1912-1956) est l'un des premiers peintres du "all-over" et celui à avoir mis le plus en valeur cette fameuse forme de composition grâce à ses toiles.

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Pollock représente ci-dessus une mystérieuse faille noire, emmaillottée dans la neige de sa peinture blanche et bouclée, comme un cocon vivant. Jackson Pollock est aussi le créateur de l'Action Painting, technique qui consiste à projeter la peinture et à rendre sur la toile toute l'énergie utilisée.

L'Artiste Joan Mitchell, adepte elle-aussi de l'Action Painting, contourne ci-dessus le motif en un tourbillon de traits latéraux, motif lui-même consititué de traits horizontaux verts et grenats très appuyés. Le mouvement du princeau, sa force et la vitesse d'exécution utilisée restent imprimés sur le tableau et sur notre rétine.

Philip Guston et Willem de Kooning

Deux peintres ont eu une démarche artistique très personnelle au sein de l'Ecole de New York.

Philippe Guston, que l'on connaissait comme un peintre figuratif, s'inspire ci-dessus des premières oeuvres de Monet, Impression - Soleil Levant et Soleil couchant sur la Seine à Lavacourt, effet d’hiver. Il évoque ses rayons rouges transformés en d'épais filaments qui se désagrègent pour flotter sur un halo aqueux ou brumeux : reste donc l'essentiel la sensation du soleil couchant brûlant sur l'eau.

Cette toile est à la base de ce que les critiques américains baptisèrent judicieusement à l'époque l' "Impressionnisme Abstrait". Philippe Guston copain de lycée de Pollock à Los Angeles rejoint ce dernier à New York dès la fin des années 1930 : il y retrouve donc un proche puis fait la connaissance d'autres futurs membres de l'Expressionnisme Abstrait comme Willem de Kooning.

Une lichée de bleu azur sur une autre de jaune, puis en dessous du bleu encore cette fois enrobé de vert : c'est avec de simples coups de pinceaux de couleur très appuyés que De Kooning suggère la façade ensoleillée d'une villa et son jardin, la fraîcheur de son bassin l'été (Villa Borghese - 1960 - Bilbao, Musée Gugenheim). On dirait de l'Action painting figuratif mais l'Artiste nous convainct complètement grâce à l'emploi également d'une couleur particulière, son fameux rose orangé, sucré et doux comme un fruit, rieur comme un soleil dans l'azur.  

Rothko et le Colorfield Painting

Par opposition à l'Action Painting, le Colorfield Painting de l'Ecole de New York privilégie les grandes étendues de couleurs brutes et unies, créant des plans ininterrompus.

Mark Rothko est l'artiste emblématique de ce style mais d'une façon toute personnelle et caractéristique. Par exemple, à regarder ce blanc cotonneux en suspension au-dessus de la bande bleue plus épaisse, le spectateur immerge son regard dans un nuage flottant, sentant ses pieds peu à peu s'alléger pour décoller du sol. Rothko cherche les effets visuels en étalant les couleurs avec plus ou moins de substance mais toujours avec de l'harmonie entre elles.

Si les peintures de l'Ecole de New York qui sont présentées n'ont pas toutes un réel rapport avec le style de Monet, l'exposition a le mérite de nous faire découvrir certaines oeuvres abstraites de très grands artistes souvent rares en France. 

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