La Collection de Marin Karmitz à la Maison Rouge

Dubuffet et les vidéastes

Publié par arman - samedi 23 décembre 2017, 00:10 | Voir les avis

contemporain moderne

La Maison Rouge, l'un des rares espaces consacrés à l'Art Contemporain à Paris, expose en ce moment et jusqu'au 21 janvier la collection privée du célèbre distributeur de films Marin Karmitz. Bien qu'elle soit composée essentiellement de photos, l'exposition est l'occasion de découvrir de superbes et étonnantes installations d'art contemporain ainsi que des toiles admirables du moderne et trop rare Jean Dubuffet.

Ce qui va le plus nous manquer de la Maison Rouge qui fin 2018 fermera ses portes, ce sont les brillantes installations placées à chaque fois dans les dernières salles d'exposition. Et fort heureusement pour sa présentation de la Collection Karmitz, elle ne déroge pas à la règle.

Big Brother

Pénétrer par exemple dans la salle obscure des Dormeurs du grand cinéaste iranien Abbas Kiarostami est une expérience de voyeur omniscient. Que voit-on au sol, au beau milieu de cette pièce plongée dans le noir? Un lit lumineux occupé par un couple endormi, dont on a peur de briser l'intimité et le sommeil durant une matinée qui semble bien avancée.  

Les Dormeurs - 2001 - Abbas Kiarostami

Si avancée que les bruits de la rue envahissent la "chambre" qui pour nous reste noire et obscure comme si invisibles nous surprenions cette scène d'en haut, dans une dimension différente et supérieure ou bien cachés derrière une dalle au plafond. Si nos deux endormis ne nous voient pas, ne nous entendent pas, bien qu'ils sursautent aux bruits de la rue. c'est qu'ils sont les protagonistes d'un film en trompe-l'oeil, projeté sur un vrai lit dont les plis se confondent avec ceux de l'image, un film dont on entend ainsi la bande-son enregistrée en direct lors du tournage.

Le célèbre artiste plasticien Christian Boltanski quant à lui n'est pas en reste avec l'abstraite et épurée taïga sibérienne de Animitas blanc, film dans lequel on entend le vent souffler dans des clochettes qui font tinter leur solitude, comme des petites âmes au milieu d'un paysage désert et enneigé. A noter que la vidéo projetée sur grand écran autour d'une installation cotonneuse (cf. la photo ci-dessus) a été réalisée au Canada cette année en 2017.

Et cette question nous tauraude : où pourrons-nous voir régulièrement d'aussi belles installations lorsque la Fondation d'Antoine de Galbert aura quitté les lieux de la Maison Rouge en 2018 ?

Jean Dubuffet

L'Artiste né en 1901, plus grand peintre français de la seconde moitié du XXème siècle (avec Simon Hantaï), peuple ses oeuvres de personnages mysérieux et fascinants qui font corps avec l'univers entier du tableau.

Fête de la Nuit - 1951 - Jean Dubuffet

Figure augure - 1958 - Jean Dubuffet

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Les noctambules de Fête de la Nuit sont des fantômes informes, des petites flammes vacillantes que l'on distingue à peine dans la nuit épaisse de la toile. L'Artiste peint également un curieux personnage - Figure augure - dont on aperçoit seulement le regard perdu, transformé ou (on ne sait) enfermé dans l'écorce d'un arbre.

Nous avons également beaucoup aimé les faciès abstraits des statuettes précolombiennes, et l'installation d'Annette Messager, Les Spectres des Couturières (2015), aux instruments coupants géants mais tout en rondeur et (poésie du paradoxe) mous comme des ballons suspendus. Pour finir citons l'oeuvre La Ligne (1973) de l'Artiste pop français Martial Raysse qui dans un grand rébus bricolé, nous montre qu'une ligne c'est aussi la trajectoire électrique d'une flèche lumineuse!

Pas d'avis pour l'instant.
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