Exposition "Derain, Balthus, Giacometti" au MAMVP jusqu'au 29 octobre

Les Baigneuses et Balthus

Publié par arman - samedi 16 septembre 2017, 23:07 | Voir les avis

moderne

Le Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris consacre une exposition à l'admiration réciproque et à l'amitié partagées par trois artistes renommés du XXème siècle. Derain, Balthus et Giacometti se rencontrent pour la première fois dans les années 1930 au sein du groupe des Surréalistes mené par André Breton.

L'exposition est l'occasion de découvrir un peintre enthousiasmant et rare, Balthus, dont l'univers pictural peuplé d'enfants et de personnages étranges, n'est naïf qu'au premier coup d'oeil. 

André Derain l'aïné des trois, a lancé ses grands feux d'artifices fauvistes dans les années 1900 à la suiite de Matisse. Et comme un autre grand fauve à ses débuts, Georges Braque, il suit Pablo Picasso dans ses toutes premières expérimentations cubistes en 1907-1908. L'exposition laisse un témoignage extraordinaire de cette expérience de Derain, qui suit la même inspiration cézannienne que les Cubistes, avec les Baigneuses ci-dessus (thème et motif emblématiques du Maître d'Aix) aux formes brutes et aux corps taillés dans la roche. Elles se déplacent avec la lenteur de lourdes statues en mouvement et semblent nées pour vivre entre elles au milieu des rochers, des cascades et des ruisseaux.  

Derain le conformiste

Lors de sa rencontre avec Balthus et Giacommeti chez les surréalistes trente ans plus tard Derain fait encore partie du gotha artisitique de Paris. Mais sa production depuis la première guerre mondiale s'est déjà éloigné des courants avant-gardistes, son inspiration s'est considérablement étriquée en un classicisme morne et dévitalisé produisant des paysages sans soleil, des fruits aux couleurs sans nuances et aux volumes aplatis. On peut cependant admirer le noir profond caractéritisque du style Derain à cette époque, qui enveloppe la "Nature morte aux poires" de 1939 très aimée d"Alberto Giacometti. Quant à Balthus, lui qui aimait à ses débuts reproduire les chefs d'oeuvre de Masaccio, il s'en tire magistralement avec sa "Nature Morte" de 1937 qui imitant les maîtres espagnols, notamment Vélasquez, et hollandais.

Créés par un peintre pessimiste, les personnages de Derain, aux faciès sans trait, parfois même dessinés de façon shématique, s'effacent sous leurs accessoires comme cette jeune fille devenue le mannequin d'une robe à carreaux proéminents et rouges. Cette tenue met cependant en valeur son visage lumineux ete lisse dans l'obscurité.  

Le Boa - 1935 - New York, MET

Les modèles prennent des poses lascives au cours desquelles leurs chairs perdent en naturel ce qu'elles gagnent en ornements, maquillages et décors artificiels. Parfois pour le meilleur comme sur la toile ci-dessous :

Nu allongé au divan vert - 1939 - André Derain - Genève, Petit Palais

Jeune fille endormie - 1943 - Balthus - Londres, Tate Gallery

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Les reflets enveloppent de luxe et de satin vert la peau d'une belle et riche endormie. Balthus lui éclaire tel un Vélasquez le visage d'une jeune fille assoupie comme une demi-lune au clair.

Voici un exemple édifiant de l'admiration que Balthus vouait à André Derain, magnifiant son gabarit malgré l'atrabilaire de la scène.

André Derain - 1936 - New York, MoMA

L'univers de Balthus

"La chambre" ci-dessous fait partie des toiles où le Peintre représente deux jeunes adolescents livrés à aux-mêmes seuls dans une même pièce. Bien souvent la jeune fille lit à même le sol à quatre pattes tandis que le garçon troublé s'entête dans un effort qui le dispense de s'intéresser à elle. Ce jeu entre deux adolescents apparemment solitaires, donne une tension dramatique à peine voilée au tableau, qui interroge notre regard sur notre propre voyeurisme.

La chambre - 1948 - Washington, Hirshhorn Museum

La Rue - 1933 - New York, MoMA

Le Roi des chats - 1935 - Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts

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Cette jeune femme costaude et nue en chaussettes rouges, nous présente d'un air naturel une jeune fille beaucoup plus menue, attentive à elle et studieuse. Sa peau découverte passerait presque inaperçue comme si elle revêtait un habit lumineux, dans une posture rappelant l'attitude débonnaire du fameux Gilles peint par Watteau

"La Rue" de Balthus est peuplée d'autres personnages singuliers : enfants à têtes d'adultes un peu ridicules, passants de dos ou cachant leur visage. Au milieu de couleurs doucereuses, le visage du jeune homme au premier plan semble s'être figé dans un sourire d'automate. Le cuistot à l'arrière s'est raidi sous sa toque tel un poteau télégraphique. Il y a quelque chose qui cloche dans cette ambiance bon enfant : les gens dans cette rue se croisent mais ne s'adressent pas un regard, certains semblent même agir de façon mécanique...

Dans l'autoportrait "Le Roi des chats" avec son personnage à grosse tête et petits corps Balthus se moque des vanités humaines. Il reprendra le même motif pour ses superbes illustrations du livre "Les Hauts de Hurlevent" d'Emily Brontë.

Peu de sculptures originales de Giacometti sont présentes. L'exposition rassemble essentiellement des portraits peints peu enthousiasmants, au style grisonnant et radiographique.

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